" T e n t o n s

d ' a t t r a p e r
l e s
é t o i l e s ... "
 
Pour accompagner son dernier enregistrement, Barney Wilen avait écrit ces lignes...

"Quand, lorsque j'étais adolescent, entraient dans mon oreille les éléments qui me formaient et m'inspiraient, je cherchais toujours à analyser en profondeur ce qui m'arrivait, tant était ahurissante la situation où je me trouvais.
La planète venait d'endurer sa seconde guerre mondiale dévastatrice en un demi-siècle ; la guerre froide "battait son plein", de nouveaux adversaires se sautant à la gorge.
Quel avenir sombre nous était promis, à nous les générations d'après-guerre !
La vitrification massive, pas moins ! Aussi me fis-je le serment de chercher, et de découvrir, un moyen de vivre capable de détourner l'Homme du pire de ses instincts primaires, de sublimer ces derniers pour en faire des instruments d'exhaussement, capable d'orienter vers les philosophies les plus belles et esthétiquement irréprochables.
Le monde de l'art offrait cela, et plus encore. Le jazz répondait très largement à ces exigences ; des jazzmen comme Bird, Prez, Bud, Stan, Miles, etc. portaient les signes de la Sainteté.
Les amateurs de jazz le savent dans leur coeur : le seul disque qui ait du succès, c'est le bon disque honnête.
Surprise inquiétante mais aussi divine : le public en général, même musicalement inculte, peut aisément le percevoir. Cela tient de l'air, de l'eau limpide, du ciel bleu, toutes choses simples qui n'ont besoin d'aucune rationalisation...
On pourrait dire que Dieu a créé le jazz pour protéger notre jeune et turbulente humanité de ses tendances suicidaires, préservant par conséquent sa propre postérité.
Tentons donc d'attraper les étoiles, et de ne pas devenir une statistique de plus dans la liste honteuse des civilisations déchues.
Le jazz est notre véhicule. Pour chacun, le temps est venu de lutter pour la Bonté, avec Passion..."

source: Jazz Magazine Juillet-Août 1996